Ecole Paul-Fort de Verrières-le-Buisson (Essonne)
Ecole Paul-Fort de Verrières-le-Buisson (Essonne)


"L'arbre sacré" est un conte du Burkina Faso collecté par M. Emile Kaboré, instituteur à l'école élémentaire du village de Zinado.

L'albero sacro - Version italienne

The sacred tree - version anglaise

Der heilige Baum - version allemande

L'arbre sacré

A cette époque là, « Guiguimdé » le lion était le roi des animaux sauvages. Dans le royaume existait un arbre sacré, le plus grand de tous les arbres de la brousse. Un génie bienfaiteur vivait sous cet arbre séculaire.

Chaque année, les bêtes sauvages venaient faire des offrandes au génie et implorer sa miséricorde pour le bonheur de tous. Aussi les pluies étaient abondantes, les pâturages bien fournis, la végétation luxuriante et les cours d’eau limpides. Bref tous les animaux vivaient heureux dans l’abondance.

Un jour, Guiguimdé convoqua à sa cour tous ses sujets qui s’empressèrent de répondre à l’appel de sa majesté. Cette dernière fit la déclaration suivante aux bêtes prosternées à ses pieds, les yeux baissés :
- Je suis le maître suprême de ceux qui galopent, rampent, bondissent ou volent
- C’est la vérité même, répondirent en chœur les animaux. Vous êtes le roi des rois, le commandeur de tous, de l’éléphant gigantesque à la minuscule fourmi.
- Alors, reprend Guiguimdé, je veux que mon trône soit façonné dans le tronc de l’arbre sacré.
- Oh ! Oh ! Oh ! s’exclama le peuple.
- Exprimez-vous clairement par rapport à mon désir.
Personne n’osa dire mot sauf la hyène sotte et imprudente qui avança :
- Sire, abattre l’arbre sacré serait un sacrilège car il est l’habitat de notre génie protecteur. Un grand malheur pourrait s’abattre sur le pays.
- Approche-toi que j’entende mieux ! dit le roi contrarié.
La hyène fit quelques pas timides, la tête basse et la queue entre les pattes. Elle n’eut pas le temps d’ouvrir la bouche que le roi l’assomma d’un coup de patte puis ajouta d’une voix pleine de courroux.
- Cela t’apprendra à t’opposer au désir du roi, bête puante.
Puis s’adressant à la cour, il demanda à la faune terrorisée :
- Pas d’autres objections ?
- Non ! Sire et que votre volonté soit faite.
- Alors, que Bougoume se mette à l’œuvre. Je lui accorde trois jours pour confectionner un trône digne de mon rang.
Aussi Bougoume, le chef bûcheron prit les mesures de sécurité avant d’abattre l’arbre sacré. Il se parfuma en brûlant un encens magique, prit sa hache et s’en alla vers l’arbre condamné. Arrivé là, Bougoume prononça :
- Assalam aleykoum arbre sacré ! Assalam aleykoum génie bienfaiteur ! Contre ma volonté, je m’en vais à l’instant vous agresser pour satisfaire notre maître Guiguimdé. Au nom du ciel pardonnez-moi.
Au premier coup de hache, un oiseau blanc se détacha du feuillage et s’envola à tire-d’aile tout en poussant un cri sinistre.
« C’est le génie bienfaiteur qui nous quitte » pensa le bûcheron avec amertume.

Quelques heures plus tard, l’arbre sacré vacilla et s’écroula dans un bruit de tonnerre. Le sol trembla quelques instants et toutes les bêtes y compris le lion, sursautèrent à cause du fracas assourdissant. Puis un calme impressionnant s’en suivit comme si la brousse observait une minute de silence à la mémoire du géant de la brousse qui s’écroula pour toujours.

Au terme du délai impérieusement fixé par le roi, le trône fut sculpté, un trône somptueux, incrusté d’une multitude de pièces d’or et d’argent. Au jour dit, Guiguimdé s’installa majestueusement sur son trône. Des réjouissances furent organisées à cette occasion devant le palais royal.

Durant une semaine, on dansa, on chanta, on festoya ; les repas plantureux succédèrent aux libations. Par esprit d’imitation, les animaux se mirent à couper les arbres pour faire des chaises aux chefs de familles, des banquettes aux femelles et des escabeaux aux petits. Aussi toute la brousse fut saccagée. Aussi l’environnement se dégrada rapidement les pluies se raréfièrent et disparurent définitivement faisant place à une sécheresse implacable. Les cours d’eau tarirent, les pâturages jadis vert et abondants se calcinèrent sous l’effet de la canicule prolongée.

Les animaux faméliques quittèrent en masse le royaume maudit pour des régions plus clémentes. Le roi lui même fut abandonné par les siens : reines, princes et princesses, courtisans et courtisanes. Guiguimdé demeura seul sur son trône de malheur. Il mourut par privation de nourriture.

C’est ainsi que le peuple de la brousse fut durement châtié pour avoir détruit inconsciemment la flore du pays.

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